Flamenco

Paris me fatigue et puis, en une soi­rée, tout rede­vient possible.

Au com­men­ce­ment une ren­contre lit­té­raire sur la vie rêvée. L’audace de déci­der de son passé, de se créer une exis­tence à la hau­teur de ses ambi­tions cachées et refou­lées pour abou­tir à un men­songe phé­no­mé­nal. L’usurpation devient alors une oeuvre, un absolu comme indé­pas­sable, où la fron­tière entre le bien et le mal est dif­fi­cile à défi­nir et qui fait de la vie médiocre d’un homme, un des­tin natio­nal tou­chant tous les grandes batailles du XX° siècle…

La tête far­cie de ce tour­billon d’existence fan­tas­ma­tique, je me laisse entrai­ner dans des rues que je connais depuis si long­temps. Mon pas flotte légè­re­ment au-dessus de l’asphalte, je continu la dis­cus­sion, les digres­sions, me per­dant dans des consi­dé­ra­tions momen­ta­nées et des contra­dic­tions de circonstance.

Nous arri­vons à un bar du X° arron­dis­se­ment, un de ces lieux connus et qui va bien­tôt faire la jonc­tion entre deux sou­ve­nirs d’histoires d’amour contra­riés, une nou­velle cor­res­pon­dance entre l’enfance et l’envie de ne jamais finir sa quête.

La musique s’écoule, mais n’arrive pas tou­jours à nous détour­ner de nos réflexions quand nous pre­nons conscience qu’elle va sans doute bien­tôt prendre fin. Alors nous entrons rejoindre la cha­leur des voix et nos corps aux effluves alcoo­li­sés aspi­rant les notes et les chants tra­giques sans rete­nue comme avant de som­brer en mer.

Et là, les bar­rières tombent, tous les édifices construits mal­adroi­te­ment durant toute la soi­rée s’avèrent vains, il n’y a plus qu’à se lais­ser por­ter, ne plus rien déci­der de clair, déri­ver, empor­ter, trans­por­ter par les sen­ti­ments, mélan­ger les failles, les peurs, les espoirs et les renais­sances possibles.

Pen­dant un court ins­tant, ou toute une nuit, tout est entre paren­thèses, entre deux moments qui n’auraient pas dû exis­ter si l’on était rai­son­nable, mais à quoi cela sert-il de l’être ?

La musique aura cris­tal­lisé un ins­tant d’éternité d’une pré­ci­sion incroyable et qui pour­tant lais­sera un doute sur ce qui a eu lieu ou pas.

Mais il res­tera l’amitié.

About Pierre-Emmanuel Weck

Photographe