Salle des espèces menacées et disparues

Dans le brouhaha général de la Grande Galerie de l’évolution, au Muséum d’Histoire Naturelle, les enfants courent d’une vitrine à l’autre, entre excitation et fatigue, en quête d’émotion nez à nez avec ces animaux empaillés bien plus grands qu’eux.

Après une succession de panneaux sur les effets sur la nature de l’activité humaine (déforestation, production de déchets, pollution chimique, urbanisation…), les parents tentent, une fois de plus, de rassembler leurs bambins.

Cette fois, leur voix se fait plus solennelle, plus grave, et d’annoncer tout haut : « Salle des espèces menacées et disparues ». Surpris, les enfants sont prix entre frisson et curiosité.

La visite commence par l’animal mythique et doublement disparu, le dodo. Disparu du monde des vivants mais aussi de celui des morts car il n’en reste aucune trace véritable. Seule une reconstruction chimérique faite d’assemblage d’autres espèces (plumes d’autruche pour le corps, corne de vache pour le bec…) ainsi qu’un moule en plastique donne à voir ce qui n’est plus.

La galerie proprement dite est un peu à part, sur le côté, calme et sombre. Seule l’horloge au centre est éclairée vivement et sonne le temps irrémédiablement envolé, de la disparition de ces morts programmées par l’homme.

Prononcer le nom de cette salle à haute voix procure la sensation de la culpabilité et de la honte, de la colère et de l’impuissance mais aussi de la puissance de l’irréparable et de la destruction, du voyeurisme et du sadisme.

Il ne reste plus, de ces espèces disparues, que ces enveloppes de poils, d’écailles et de peaux séchées.

Répertoriées, classées, étiquetées et doublées de leur nom scientifique de la langue morte latine qui met à distance les émotions et les responsabilités.

À la sortie, un enfant à l’haleine de sucre et de chimie attend ses parents en sautant sur un siège. Victime, complice ou bourreau ?

Personne ne prendra le temps de nous empailler pour nous contempler.

About Pierre-Emmanuel Weck

Photographe

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