Demain Berlin d’Oscar Coop-Phane ou le roman raté d’une génération sans intérêt.

Critiquer un livre, surtout quand on ne l’a pas aimé, est toujours un peu délicat. Quelle légitimité a-t-on pour le faire ? Pourquoi ce besoin de dire le mal que l’on en pense ? Pourquoi ne pas se taire et passer à autre chose ? Il y a bien l’envie de critiquer l’emballement médiatique pour certains ouvrages profondément médiocres qui se vendent massivement, mais d’autres l’ont déjà fait. Pourquoi l’étalage de toutes ces platitudes nous remue-t-il autant ? Peut-être n’avons-nous rien compris et que l’on est passé à côté de l’essentiel…

L’auteur est jeune, c’est son deuxième livre. Le premier a eu un prix ce qui, même dans l’univers parisiano-centré, donne une certaine légitimité. Le roman est vendu comme étant celui d’une génération et son sujet me passionne : Berlin.

((J’avais commencé à noter quelques réflexions sur ce livre, j’ai hésité à prendre contact avec l’auteur pour lui en parler directement, j’ai tapé son nom sur internet et regarder les photos de sa belle gueule, les interviews sur YouTube ou les « critiques » sur différents blogs qui ne font que reprendre en boucle le 4ème de couverture.))

Sa lecture est facile, mais j’ai eu du mal à le terminer pour lui-même, c’est le sentiment de colère à son égard qui m’a permis d’en venir à bout, car il s’agit véritablement d’un mauvais livre.
Dans sa construction d’abord. Il faut près de la moitié du livre pour poser la vie de trois personnages avant de les faire converger vers Berlin. Le narrateur met en place une mécanique dont on sent que la capitale allemande sera le destin. Mais une fois sur place, la première moitié du livre ne sert plus à rien. On peut comprendre l’envie de faire sentir une rupture, mais les personnalités mêmes des personnages, tristes et sans passion, restent les mêmes. De la morne vie qu’ils subissaient conditionnés par le poids de leurs histoires familiales et des conventions sociales, ils passent à une vie tout aussi fade où ils demeureront absents à eux-mêmes, à s’agiter convulsivement comme des pantins au son de la techno, stimulés par les drogues qu’ils ingurgiteront à longueur de temps. On change de décor, mais la magie du lieu n’opère pas.
La rupture de rythme est telle qu’on a l’impression d’avoir lu deux livres. L’un s’arrête brutalement tandis que celui que l’on prend en route n’aura pas non plus de fin.

La deuxième partie est donc le récit d’une dérive comme quête de soi. Les personnages vivent plus les uns à côté des autres qu’ensemble. Le narrateur transforme son livre en guide technique du « se droguer pour les nuls ». Il survole rapidement les effets des unes et des autres substances pour insister plusieurs fois sur les mélanges à ne pas faire afin de ne pas finir dans le coma. Parce que la drogue écrase toutes les questions existentielles, les sentiments, les désirs, les projets, qu’elles obligent à vivre dans l’instant (quête du produit, prise du produit et effets du produit), le narrateur n’a finalement pas grand-chose à raconter ni le style pour le dire. On est à des années-lumière de « L’Accro » de Donald Goines.

Puis l’auteur commence à se lasse de ses personnages. L’un est envoyé en prison, puis en cure de désintoxication et comme il refuse toute visite, il n’y a rien à en dire.
Un autre tomber amoureux et se replie sur la vie de couple dont on ne saura pas grand-chose, cela relève de sa vie privée, il disparait alors lui aussi du récit.
Le dernier rédige un carnet de bord dont le narrateur nous livre de longs extraits bruts parfois complètement hors sujet ! Ça sent le recyclage, le en copier-coller des propres notes de l’auteur. Ça permet de tirer à la ligne sans travailler l’écriture, d’aligner les banalités… et l’on s’ennuie royalement.

Les personnages, sans recul, cherchent désespérément à coller à un hypothétique mythe de la vie berlinoise qu’ils n’arrivent même pas à cerner eux-mêmes. Ils sont dans une glandouille permanente qui n’a rien de céleste, qui ne fait écho à aucune révolte ni état de conscience particulier sinon celui de l’absence de soi. Le point de vue omniscient de l’auteur n’apporte aucun recul, aucune mise en perspective sinon qu’il est tout aussi perdu que ses personnages et qu’il ne sait quoi faire de son propre roman.
Peut-être est-ce un choix stylistique. Rester fade à l’image de ces vies indigentes qu’il raconte… mais le livre est vite assommant.

Pourtant la quête de soi et des autres en écho à l’errance dans une ville étrangère dont on cherche à comprendre l’organisation, l’abandon de son corps aux autres et aux drogues face au désenchantement du monde… sont d’éternelles questions passionnantes que revisitent chaque génération. Contrairement au martèlement médiatique, ce deuxième roman n’est mécaniquement que le suivant d’un prix dont on se prend à douter de la valeur. Présenté comme le roman d’une génération, on espérera que celle-ci saura trouver un autre porte-drapeau si elle veut laisser autre chose qu’un haussement d’épaules…
Juste le regret, finalement, de s’être forcé à le lire jusqu’au bout et d’avoir perdu du temps.

On a la sensation que ce que l’auteur à vécu à Berlin fut trop fort, trop grand pour lui, qu’il manque de maturité pour en rendre compte. La puissance d’attrait de cette ville est pourtant énorme et fascinante. C’est aujourd’hui l’immense laboratoire de paradoxes où l’énergie créative et débridée côtoie une société dépolitisée et fatiguée qui cherche à s’encanailler et s’oublier dans l’agitation et la fête permanente. Une sorte de lessiveuse consommant les individus croyant fuir la société de consommation pour se voir eux-mêmes consommer par la ville dont le mythe mourant, et la gentrification galopante se nourrissent des rêves de tous ces égarés. Le tragique n’a pas quitté Berlin, du commerce de la mort des hommes, il est passé à celui des âmes.

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4 Comments

  1. bo

    Face à tant de mauvaise foi et de ressentiment mêlés: tant et si bien que « vous vous y attendiez » , mieux vaut en effet ne pas consacrer une seconde de plus à votre blog
    c’est vous qui y passez du temps, et non nous, dans l’espoir, vain sans doute de vous faire reconnaître – au moins on aura bien compris votre haine de la vie et votre méchanceté gratuite, infondée et qu’il est préférable en effet de ne pas argumenter: l’argumentation c’est le dialogue et vote supposée critique ne s’y prête en aucun cas : la preuve, vous renvoyez comme vous le faites de l’auteur, ceux qui osent vous contredire à leur supposée vanité !
    bel exemple d ‘egotisme … vous faites autre chose pour exister que dire du mal de ???
    l’auteur est un nul, (fort heureusement sauvé , dites vous par son physique…) , le lecteur qui aime est un con, vaniteux de surcroit
    en un mot il n’y a que vous pour avoir le droit de penser et/ou d’apprécier
    si je dis que c’est NUL c’est NUL
    en effet VOTRE Berlin date d’une autre époque dont on préfère ne pas se souvenir côté conseil de lecture
    ça s’appelle tout simplement du totalitarisme intellectuel et rassurez vous, avec DIEU , le DIEU de Berlin on ne discute plus et on passe à autre chose
    24 ans, déjà deux livres un prix littéraire et un parcours humain exemplaire
    on ne peux en dire autant de celui qui le critique du haut de ses « je n’ai rien d’autre à faire que de dézinguer un jeune homme qui écrit  » (LUI , au moins écrit il ne décharge pas sa bile haineuse et infondée
    en effet ça ne mérite plus jamais d’ouvrir vos pages nauséabondes
    et oui ! affirmez vous je suis incapable de » comprendre, » bien entendu, ah si j’avais eu un prof aussi généreux que vous j’aurai pu me contenter de faire autre chose que de devenir professeur des universités, car comme chacun sait, c’est un repère de personnes qui ne « comprennent pas » ce qu’elle lisent!!!
    mais OUF , vous êtes arrivé et grâce à vous on va ENFIN pouvoir se faire une idée de ce qui mérite d’être écrit
    ps: je suis certain que vous êtes du genre à faire des LISTES des journées durant, ce « ceux qui ne valent pas la peine »
    nauséeux en effet, et surtout, ne plus jamais contribuer à vous faire une once de pub, ce que vous cherchez au lieu de créer
    ce qui n’est pas le cas d’oscar coop-phane ,
    en espérant qu’il ne vous ressemblera JAMAIS

    • Pierre-Emmanuel Weck

      Et bin dit donc il s’excite le troll, il revient, il lâche pas l’affaire !
      Mais il n’y a toujours pas le début du commencement d’une argumentation pour dire en quoi ce livre serait acceptable…
      Juste une trépidation de petit enfant en colère dépassé par ses émotions (ce qui est normal pour un enfant, mais plus tellement pour un adulte, ça vire à la pathologie…).
      Alors on se cache derrière les titres de gloire de l’auteur « prix le Flore), certes, mais il y a pleins d’intellectuels mondains qui encombrent les ondes et les éditos des magazines qui ont reçu aussi des prix, ça ne donne pas de valeur autre que commerciale à leur verbiage.
      Avec de tels soutiens Oscar-Coopp Phane va finir dans la collection Harlequin… nouvelle référence de l’élite universitaire !
      La seule phrase positive de vos commentaires serait « ne plus jamais contribuer à vous faire une once de pub » qui confirme au passage la confusion (entre journalisme, communication, publicité et les sous-rubriques : humeur, analyse, commentaire…) dans laquelle vous « pensez » parce qu’effectivement je ne vends ni n’impose rien : le site est gratuit et la démarche d’y venir vous incombe.
      Je vous laisse à vos phantasmes de listes d’un autre temps que je n’ai pas connu et vais finir par trouve Osca Coop-Phane, pour qui j’avais déjà un apriori positif, très très sympathique tout en continuant de considérer son dernier livre comme toujours aussi mauvais.

  2. ob

    « votre Berlin  » n’est pas le Berlin de ce jeune auteur, dont vous osez, oh comble de la mauvaise foi, aborder la question de son physique plutôt que de retracer un parcours exemplaire (manuscrit envoyé par la poste à 20 ans à peine, à un excellent éditeur, ) petit boulots pour vivre, discrétion totale et vie entièrement dévouée à l’écriture
    qui êtes vous donc pour vous permettre ce qui n’apparaît manifestement que comme de la rivalité déplacée : conflit de génération sans doute
    l’auteur n’a jamais eu la prétention de dire la « vérité  » sur Berlin, que vous prétendez donc connaître , mais il s’agit d’un roman, d’une fiction donc, d’un point de vue sur Berlin
    que vous ne ne partagiez pas est votre problème, et en effet il était bien inutile de chercher à joindre l’auteur : vous vous contentez du net comme seule ressource ceci montre bien la vanité de votre point de vue … ah mauvaise foi quand tu tiens un « critique » qui ne semble avoir que ça à faire
    si ça ne vous plait pas, ne lisez pas!!

    • Pierre-Emmanuel Weck

      Je m’attendais bien à un commentaire de défense du livre sur ce texte mais pas aussi mauvais que le vôtre.
      Ce qui semble vous choquer est le fait que je n’ai pas aimé ce livre et vous en tirez même la conclusion que je devrais faire autre chose que de lire… Votre raisonnement touche la nullité crasse.

      Vous ne défendez pas le livre mais l’auteur et ne supportez pas ma remarque sur sa « belle gueule » (c’est effectivement un bel homme), sans argument sur le fond ne la forme du texte vous attaquez ma critique, vous n’avez qu’une vague petite révolte brouillonne à un tel point qu’on se demande si vous comprenez ce que vous lisez…

      Où est-ce que je prétends avoir la vérité sur cette ville ? Au contraire, je souhaitais élargir ma connaissance par ce texte comme tant d’autres auteurs me l’on permit…

      Je n’ai effectivement pas essayé de joindre l’auteur car je pense qu’il a mieux à faire. L’emballement médiatique lui a permis de vendre un bon nombre d’exemplaires et c’est tant mieux pour lui, il y a bien pire.

      Dernière chose, si le Net a aussi peu de valeur pour vous pourquoi lui consacrez-vous tant de temps, vanité dites-vous ?

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