Foire à l’autogestion

À la différence d' »alternative », le mot « autogestion » à l’avantage être à la fois un mode de fonctionnement et d’avoir une connotation politique encore assez marquée. Dès lors, ça oblige généralement à une plus grande cohérence entre le fond et la forme, là où « alternative », est devenu beaucoup plus flou avec le temps. D’ailleurs,  les grands partis politiques utilisent ce terme pour tenter de créer une distinction fictive de leur vision économique identique.

Ça ne fait pas pour autant de l’autogestion une chose plus simple qu’une autre. À une époque où on ne sait plus tellement que faire politiquement pour redonner une dynamique de changement de la société, pour sortir de la sensation de « subir le système », pour retrouver des élans collectifs qui nous porteraient et apporteraient une certaine espérance, le mot « autogestion » apparait comme un peu magique.

En discutant avec les participants on se rend compte que, certes une coopérative, c’est mieux, mais que ce n’est pas pour autant le paradis. Au quotidien, les mêmes problèmes qu’ailleurs reviennent, entre les énergies militantes qui s’épuisent et les prises de pouvoir…

Comme si l’autogestion était la bonne idée de base, mais qu’elle n’avait pas encore trouvé son épanouissement. Se construisant souvent « en contre » par rapport au système habituel, elle est souvent une démarche de résistance. Elle a tellement de difficulté à exister dans le grand public que cela freine son développement et la maintenant au stade de l’adolescence.

Les schémas dominants comme l’obéissance et la soumission au chef sont difficiles à déconstruire. L’autonomie et la solidarité ne se décrètent pas, mais s’apprennent dans la pratique et dans le temps…

L’autogestion est davantage une pratique qu’un but et certains essaient de l’appliquer malgré.

Mais à la différence d’un quelconque salon professionnel, il y avait ici beaucoup de subjectivité et parfois même de l’émotion dans l’air. Pour caricaturer un peu, on avait parfois l’impression que le problème était avant tout l’autogestion des émotions de chacun avant d’être celle d’un quelconque fonctionnement économique.

En quittant la foire sur mon vélo dans les rues de Montreuil, passant devant un Mac Do, un centre commercial, de petites filles déguisées en Barbie et des petits garçons jouant à la guerre, affrontant les embouteillages du dimanche soir, j’avais la sensation de sortir d’une bulle…

Et pourtant il n’y a pas tellement d’autres solutions politique et économique pour sortir du sentiment de crise perpétuelle. La prise en compte des subjectivités est la seule voie pour permettre l’éclosion « d’autres choses »…

About Pierre-Emmanuel Weck

Photographe

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