Mariage pour tous

Il y avait de bien belles personnes à cette manifestation. Tous les âges, tous les milieux sociaux, tous les looks, toutes les couleurs, hétéros et homos… Une diversité certainement insupportable pour bien des opposants au projet. Manifester pour une loi qui va améliorer la vie quotidienne de nombreuses personnes qui symbolise une forme de bonheur et la reconnaissance et d’intégration d’une minorité dans l’ensemble plus vaste de la nation est quand même plus agréable que pour une cause perdue ou l’exclusion d’un groupe quelconque.

Il y a plein d’aspects différents dont on pourrait parler vis-à-vis des opposants à cette loi, celui qui me frappe le plus en ce moment est celui du refus de l’autre.

Le rejet provient sans doute du fait qu’il n’y a pas si longtemps l’homosexualité était considérée comme une maladie. Comment des malades pourraient-ils être heureux de ce qu’ils sont ? Comment leur maladie pourrait-elle mener à la même représentation du bonheur que les autres ? Cela voudrait dire qu’ils ne sont pas si différents de nous et que donc j’aurais pu en être, que la frontière du genre peut-être floue ? Cette frontière angoisse certaines personnes de par la construction culturelle qu’ils en ont. Dans une construction bornée, elle doit être absolue, mais dans la réalité ce n’est évidemment pas le cas.

Il y a comme la perte, non pas d’un privilège puisqu’ils pourront toujours se marier, mais de la distinction qu’ils possédaient avec lui.
La peur de la confusion (sociale, sexuelle…). Pour toute personne relativement sûre d’elle dans ses choix sexuels, qui s’est posé la question pour voir, au cas où, après tout, et écouté sa propre réponse, pas celle de la pression de la société, il n’existe pas de confusion. (Tant bien même y aurait-il confusion, quel serait, là encore, le problème ?).

Le refus d’accorder le plaisir au bouc émissaire. On a l’impression d’entendre : “j’ai droit au mariage et je suis malheureux, pourquoi d’autres auraient-ils le même droit que moi au nom de leur amour, là au moins je peux encore me distinguer avec l’accès à ce droit qu’ils n’ont pas. Ils vont le revisiter pour lui redonner un sens d’amour et de responsabilité vis-à-vis des enfants, alors que moi, mon amour est merdique et mes enfants me font chier…” (un peut comme ceux qui refuse avec agressivité qu’on les photographie “parce que j’ai le droit de m’y opposer”, mais sans savoir pourquoi…).

Lors de mes visites à Berlin, j’ai parfois fréquenté des bars transgenres. La première fois que je m’y suis rendu, je n’avais pas tout à fait compris de quoi il s’agissait. Je pensais que c’était un bar “simplement” homosexuel. Ma pensée binaire s’accommodait assez bien à cette idée, d’un homme et une femme, je passais à un homme et un homme ou une femme et une femme. Mais le transgenre ? L’homme en face de moi n’est-il pas une femme ? Oui ? Non ? En fait, je n’en sais rien. Le couple, là-bas, ils sont quoi ? J’ai effectivement ressenti un malaise.

En m’interrogeant sur ce malaise, je me suis rendu compte qu’il ne concernait pas un doute relatif à ma sexualité, mais plutôt le fait de me retrouver presque exclu. (Je m’excluais tout seul, personne ne m’avait signifié quoi que ce soit). En ne percevant pas les codes du lieu et du moment, je me suis senti perdu, incapable d’avoir un échange avec les personnes présentes. Car j’étais entré dans ce bar pour avoir de la compagnie, découvrir de nouvelles personnes, parler, échanger…

Progressivement, je compris que la réponse à mes questions n’avait pas véritablement d’importance, du coup la question non plus. Je regardais les gens autour de moi en utilisant ma grille habituelle : essayer de lire le caractère de la personne sur son visage, observer sa manière de s’habiller pour voir ce qu’elle voulait mettre en avant d’elle même, écouter le timbre de sa voix pour capter son humeur, la mélodie de ses pensées… Finalement, c’est surtout la faiblesse de mes connaissances en allemand qui fut le frein à la rencontre ainsi que le fait que dans un bar trans ou pas, on ne saute pas sur les gens comme ça. Les mêmes règles de politesses, de bienséances et autres codes de vie en société ont coure ici comme ailleurs.

Lu sur Twitter : Refus des droits à un noir=racisme, refus des droits à une femme=sexisme, refus des droits à un homo=homophobie. Pas d’alternative.

Pour aller plus loin avec le blog de Stéphane LavignotteBeaucoup regardent, très peu voient, encore moins rencontrent”.

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Photographe

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