Photobook Award 2012

Visite « d’ambiance » au BAL pour l’exposition du Photobook Award 2012

Voir des livres est toujours quelque chose d’émouvant, passer son temps à flâner dans les rayons des librairies, des bibliothèques publiques ou privées, vivre entouré de livres…

Après, payer 7 euros pour voir des livres, c’est un peu limite. S’il s’agit d’un rassemblement professionnel, il aurait fallu le dire plus clairement et non pas faire croire aux amateurs qu’ils peuvent faire partie d’un cercle de privilégiés. Privilégié de quoi d’ailleurs ? Ces jeux de distinctions sociales me font gerber.

Au rez-de-chaussée sont exposés sur table des livres édités avec quelques photos agrandies aux murs reprenant le contenu de certains livres. Au sous-sol, de nombreux projets de livre sont consultables, et, lorsque j’y suis passé, une conférence en anglais que je n’ai pas réussit à suivre…

Je passerai sur l’aspect vestimentaire des visiteurs et la queue pour aller manger au restaurant chic intégré à cet espace culturel pour ne pas faire de la sociologie de bas étage mais ici comme ailleurs, dans ces espaces dédiés à la photo, j’ai toujours la sensation, en parodiant la phrase de Desprogue sur le cancer, qu’il y a plus de personnes qui vivent des photographes que des photographes de la photographie.

En feuilletant les albums du sous-sol, j’ai la sensation qu’il y a deux tendances lourdes qui s’entrecroisent : l’introspection et internet.

L’introspection. La variété est dans les formats des livres, l’épaisseur des pages… pas tellement dans les contenus…

Chacun raconte sa propre vie. Horizon indépassable de notre époque. Les restes du repas de la veille dans l’évier, la copine à poil, la beuverie du weekend, le chat… On est à la fois sur Facebook, Flickr, Instagram et compagnie mais en un peu plus « classe » parce qu’imprimé sur du papier. Le changement de support donne la pseudo légitimité à des travaux d’occidentaux égocentriques. Pour un dont la manière de raconter sa vie personnelle touche à l’universelle, combien me lassent. Il n’y a pratiquement pas de récit collectif et cela me manque. Il m’a fallu plusieurs jours me souvenirs avoir vu quelques images de guerre… un semblant de questionnement du monde… Mais le style d’écriture de ces livres ressemblait tellement à un album de famille, il copiait tellement celui du « faux raté amateur » que je ne les avais pas remarqués sur le moment…

Internet. Les photographes ne regardent plus le monde que par internet qui est autant un outil d’accès au monde qu’un matériau.
Avec Google Earth, on va scruter des millions de clichés pris par des satellites pour y recadrer des plages, des bâtiments, des formes de paysages… Les images de machines vont arriver de plus en plus sur la toile (vidéosurveillance, satellite, radiographie…) qui sera une source inépuisable de hasards à dénicher et exposables enrobées d’un discours sur le monde moderne… Le hasard, que nous ne savons plus voir, nous est fourni par les machines. Elles deviennent les productrices de sensible et nous les robots… Ce sont elles qui nous font découvrir le monde lorsque nous ne quittons plus le siège de notre bureau, incapable d’affronter la réalité sans filtre pour nos rencontres amoureuses ou nos choix de lieux sécurisés de vacances.

Matériaux. La collectionnite aiguë qui fait qu’en quelques clics, sur les réseaux sociaux, on récupère des milliers de clichés sur l’importe quel sujet [« les grands-mères qui soufflent des bougies sur un gâteau d’anniversaire »]. Ce genre d’intérêt pour les images d’amateurs a toujours existé mais il s’agissait d’une quête, il fallait du temps, plusieurs années… d’une idée farfelue émergeait, ou pas, quelque chose, on n’était pas alors dans l’automatisme des machines…
Le flux, la consommation puis la surconsommation nous étouffent, nous n’avons plus le temps de comprendre le monde et donc encore moins ce que nous vivons, le sentiment d’appartenir à quelque chose, un collectif plus ou moins large, nous fait nous replier sur la famille, même pas le couple puisque nous avons pris l’habitude de consommer l’autre…

Puisque nous n’avons plus le temps de l’analyse, nous devons utiliser l’instant de l’émotion. En image, cela se construit par les publicités, les journaux gratuits, les magazines de mode, de voitures, de sport… Il ne reste plus qu’à utiliser des filtres qui transforment toute photo ratée en « belle » image, nous vivons plus que dans une ambiance.

About Pierre-Emmanuel Weck

Photographe

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